« Couleurs de l’incendie » de Pierre Lemaitre

 

"Couleurs de l'incendie" de Pierre Lemaitre. Chroniques de livres et conseils de lecture par MLBA.

« Couleurs de l’incendie » de Pierre Lemaitre. Chroniques de livres et conseils de lecture par MLBA.

Vous aviez aimé « Au revoir là-haut »?
Vous aimez les histoires de vengeance ?
Voici ma potion:

Nous avions laissé la famille Péricourt après le suicide du fils, revenu défiguré de la grande guerre. Nous reprenons l’histoire en 1927 alors que l’on enterre le père Marcel Péricourt. Il ne s’est jamais vraiment remis de la mort de son fils. Sa fille, Madeleine, va devoir reprendre l’empire familial, toute seule, car elle a refusé tous les prétendants potentiels.

Mais voilà que le fils de Madeleine, Paul, dans un geste désespéré se jette d’une fenêtre de la maison pour venir s’écraser sur le cercueil de son grand-père. Sidération totale.

Le petit garçon de 7 ans n’est pas mort mais en très mauvais état, on le conduit à l’hôpital où on le diagnostique paraplégique.

Commence alors une descente aux enfers pour Madeleine qui abandonne tout pour son fils. Elle laisse l’ami de la famille, Gustave Joubert, s’occupait de toute la partie financière et signe malgré elle tout et n’importe quoi.

La désillusion sera totale mais Madeleine va user de toutes ses facultés pour reprendre ce qui lui appartenait.

Pierre Lemaître nous enchante une fois de plus avec ce projet de vengeance d’une femme déchue. Il raconte avec une plume acérée et passionnée cette époque trouble de l’entre deux guerres où tout pouvait se jouer. Ses personnages sont magnifiques et horribles à la fois, il dépeint tout ce que la nature humaine peut donner de bon comme de mauvais.

« Couleurs de l’incendie  » se lit comme un véritable page-turner. C’est tellement visuel que l’on a l’impression de regarder un thriller haletant.

Une intrigue menée tambour battant.

Vivement la suite !

Editions Albin Michel

« Par amour » de Valérie Tong Cuong

"Par amour"de Valérie Tong Cuong. Chroniques de livres et conseils de lecture par MLBA.

« Par amour »de Valérie Tong Cuong. Chroniques de livres et conseils de lecture par MLBA.

Vous avez envie d’émotion?
Vous aimez être transporté par des personnages?
Voici ma potion:

L’histoire débute en juin 1940 au Havre. Emélie, concierge d’école vit avec ses deux enfants Lucie et Jean. Son mari, Joffre a été mobilisé. C’est aussi le cas du mari de Muguette, sa soeur, qui vit avec son fils Joseph et sa fille Marline qui n’a pas dit un mot depuis le début de la guerre.

Le Havre est non seulement occupée par les Allemands, mais aussi bombardée sans relâche par les Anglais, détruisant à peu près tout.

Certains enfants vont être évacués vers l’Algérie dont ceux de Muguette. La ville aussi sera évacuée à plusieurs reprises. C’est une vie sous les bombardements et avec les privations qui commence pour les deux familles. Muguette devra partir au sanatorium, ayant contracté la tuberculose suite à la mauvaise alimentation et aux mauvaises conditions de vie.

« Par amour » est un magnifique roman choral, comme c’est si bien le faire Valérie Tong Cuong. Elle nous raconte une petite histoire dans la grande. Cette narration a plusieurs voix (chaque chapitre prend le point de vue d’un personnage différent) donne encore plus de profondeur au propos. Le lecteur est pris dans les événements. On sent d’ailleurs un travail de documentation excessivement bien mené.

Valérie Tong Cuong sait créer des personnages d’une réelle épaisseur et véracité. Elle arrive à nous les rendre proche et surtout à ce que l’on soit en totale empathie avec eux.

L’histoire est bouleversante. Soyez prêts à verser une petite larme.

Que serait-on prêt à faire par amour? Vous avez un début de réponse dans ce superbe roman.

Éditions Lattes

« No home » de Yaa Gyasi

"No home" de Yaa Gyasi. Chroniques de livres et conseils de lecture par MLBA.

« No home » de Yaa Gyasi. Chroniques de livres et conseils de lecture par MLBA.

Vous aviez aimé « Racines » de Alex Haley?
Vous espérez vous coucher moins bête ce soir?
Voici ma potion:

Au XVIIIème siècle au Ghana (anciennement la Côte de l’Or), deux filles naissent de la même mère mais dans deux villages différents, des villages rivaux, les Ashanti et les Fanti.

Alors qu’Effia, surnommée « la Beauté » est repérée par le nouveau gouverneur britannique en place et devient pour quelques sous sa « femme africaine », Esi est enlevée et emmenée au fort (dirigé par ce fameux gouverneur) où sont entassés les futurs esclaves en attente de partir pour le nouveau continent.

Chapitre après chapitre le lecteur va suivre la destinée des deux soeurs et de leurs descendants.

Ceux qui auront atterris en Amérique vont connaitre les affres de l’esclavagisme, dans les champs de coton et autres mines de charbon. Ils vont surtout connaitre la ségrégation, le racisme et la violence faite aux Noirs, à toutes les époques.

Les descendants de Effia, restés sur le continent africain auront aussi à faire face à de terribles bouleversements. Ils devront continuer pendant longtemps la pratique du commerce triangulaire initié avec les Anglais, continuer à profiter des guerres entre village pour enlever leurs rivaux et les revendre. Malgré l’éducation et l’aisance qu’ils pourront acquérir, ce lourd passé sera dur à porter et la fuite vers les Etats-Unis sera le seul moyen de se libérer.

Sur trois siècles Yaa Gyasi nous raconte l’histoire de cette famille noire, tiraillée par les guerres, par l’esclavagisme, et surtout par la cruauté de l’homme blanc. Elle parsème son récit de détails sur les coutumes africaines, sur la vie des esclaves dans les mines de charbon, sur l’arrivée de la drogue à Harlem dans les années 60. Chaque époque est très bien documentée et on y apprend beaucoup de choses.

Magnifiquement écrit, le lecteur suit avec plaisir et intérêt ces destinées. A travers une pléiade de personnages on voit et comprend l’évolution de la société. Chaque chapitre alterne d’un continent à un autre sans jamais que l’on soit perdu.

C’est un roman sur la condition des Noirs à travers les siècles mais aussi sur la condition de la femme noire, qui doit se montrer forte et vaillante pour porter la famille.

C’est tout simplement un livre sur la liberté.

Edition Calmann-Levy.

 

« Les jonquilles de Green Park » de Jérôme Attal

"Les jonquilles de Green Park" de Jérôme Attal. Chroniques de livres et conseils de lecture par MLBA.

« Les jonquilles de Green Park » de Jérôme Attal. Chroniques de livres et conseils de lecture par MLBA.

Vous avez envie de passer un bon moment?
Vous avez envie d’un peu de douceur dans ce monde de brutes?
Voici ma potion:

Tommy, 13 ans, vit avec ses parents et sa grande sœur Jenny. Nous sommes en 1940 à Londres, à l’approche de Noël. Les allemands ont commencé les bombardements stratégiques et il faut régulièrement que toute la famille se mette à l’abri dans les sous-sols prévus à cet effet.

Le père, inventeur, reste à la maison en attendant de trouver « la » bonne idée. Il est sur un projet de tatou géant qui permettrait de sauver tous les enfants de Londres. La mère travaille à l’usine afin de subvenir aux besoins de la famille. La grande sœur, fan de Clark Gable, veut rejoindre le corps des jeunes filles volontaires du Saint Thomas’ Hospital.

Tommy est un rêveur. Il veut devenir écrivain et se sert souvent de son quotidien pour alimenter ses histoires. Ses copains et lui sont fans de super-héros et de cinéma. Ils s’imaginent constamment à la place de leurs personnages préférés.

Et il y a aussi Mila dont il est secrètement amoureux.

Jérôme Attal propose au lecteur une sorte de conte d’apprentissage. Un récit sur l’adolescence avec tous les tourments que cela peut comporter mais en temps de guerre, ce qui donne une dimension différente à tout le récit. Même si le malheur plane les adolescents restent des ados, mais avec un rapport direct avec la mort.

La langue de l’auteur est très belle, très poétique, on se régale à chaque tournure de phrase.

« Moi, Tommy Bradford, je me battrai dans ce monde pour une raison toute simple : pouvoir continuer à marcher dans les rues en pensant au mystère agréable qu’est le sourire de Mila »

« Le métier d’inventeur de mon père, je pense que c’est comme un pari sur l’avenir. Qu’un jour, il trouvera l’invention qui changera la manière qu’on a de voir ou de vivre les choses »

On sent une tendresse très forte pour ses personnages. Ce Tommy est un sacré loustic mais il est tellement attachant qu’on le suit jusqu’au bout avec plaisir.

Ce roman vous touchera en plein cœur, c’est certain.

Édition Robert Laffont

« Oona & Salinger » de Frédéric Beigbeder

"Oona & Salinger" de Frédéric Beigbeder. Chroniques de livres et conseils de lecture par MLBA.

« Oona & Salinger » de Frédéric Beigbeder. Chroniques de livres et conseils de lecture par MLBA.

Envie d’un roman facile à lire mais néanmoins intense et passionné?
Vous aimez David Foenkinos ou Catherine Cusset?
Voici ma potion:

Frédéric Beigbeder décide dans son nouveau roman de nous raconter l’histoire d’amour entre Oona O’Neill et J.D. Salinger, qui se passa au début des années quarante.

Oona O’Neill, fille du célèbre dramaturge Eugene O’Neill, fait partie de l’élite branchée de New-York. Bien qu’elle n’ait plus eu de contact avec son père depuis dix ans, elle surfe sur sa célébrité.

Jerry Salinger écrit quelques nouvelles mais n’a pas encore publié son grand roman.

Un soir, au Stork Club, fameux bar de l’époque où se retrouvait toute la jeunesse aisée, ils se rencontrent, c’est le coup de foudre, Oona n’a que seize ans et Jerry vingt et un.

Mais ils ne vivront pas une belle et fabuleuse histoire d’amour, simplement un flirt de quelques semaines. Jerry ne répondant pas aux attentes de Oona, et Oona étant un tantinet trop superficielle pour lui. Le départ à la guerre de Jerry va mettre un point final à cette histoire. Il continuera à lui écrire des lettres pour lui raconter les combats (et espérer secrètement qu’elle l’attende), mais Oona va rencontrer Charlie Chaplin, en tomber amoureuse et l’épouser alors qu’elle n’a que 17 ans et lui 54.

Beigbeder ne nous raconte pas qu’une histoire d’amour, celle-ci est même un prétexte pour parler d’autres choses. Faire le parallèle entre la jeunesse dorée de Oona, sa frivolité et la guerre très dure à laquelle participe Jerry en Europe. Guerre qui va le transformer à jamais puisqu’il ne sera pas le même au retour. Il préfèrera s’isoler et vivre reclus jusqu’à la fin de ses jours. Prétexte aussi pour parler de lui, comme Beigbeder sait si bien le faire, sans rien dévoiler on peut dire qu’il finit son récit en racontant sa rencontre avec sa femme.

Frédéric Beigbeder nous offre un magnifique roman. Les passages sur la guerre sont superbement traités, d’autant plus forts qu’ils sont en décalage avec ce qu’il se passe dans la vie de Oona au même moment.

C’est enfin un roman où vous pourrez croiser Truman Capote, Hemingway et Orson Welles.

Très bon roman de non-fiction (c’est l’auteur qui le dit), très fluide qui vous donnera forcément envie de lire ou relire « L’attrape-coeurs » de J.D. Salinger.

Édition Grasset