« Entre deux mondes » de Olivier Norek

"Entre deux mondes" de Olivier Norek. Chroniques de livres et conseils de lecture par MLBA.

« Entre deux mondes » de Olivier Norek. Chroniques de livres et conseils de lecture par MLBA.

Vous aimez les histoires qui vous émeuvent?
Vous avez envie d’un polar ancré dans la réalité?
Voici ma potion:

Adam fait partie de la police syrienne mais il est en infiltration. A tout moment il peut être découvert. Afin de protéger sa famille il les fait partir de Damas. Sa femme et sa fille traverseront la Méditerranée au départ de la Lybie grâce à un passeur que Adam a trouvé. Ils se rejoindront à Calais. Mais quand Adam arrive lui aussi enfin à Calais, aucun signe de sa femme et de sa fille. Il se met à attendre et prend sous son aile un petit soudanais qui le suit comme son ombre.

Parallélement Bastien Miller,jeune lieutenant optimiste et plein d’avenir prend son nouveau poste à la police de Calais. Il va découvrir les lois toutes particulières qui règnent dans la jungle et le boulot terrible de la police sur place. Les désillusions vont être grandes.

Adam et Bastien vont se rencontrer et créer un lien particulier malgré les conditions autour d’eux.

Olivier Norek délaisse son personnage fétiche de Victor Coste pour nous conter cette histoire bouleversante de migrants. Sous couvert de roman polcier il nous livre un récit poignant et violent sur ce qu’il se passait réellement dans cette fameuse jungle où tout était permis, véritable no man’s land. Les migrants étant prêts à mourir,afin de passer en Angleterre.

L’auteur arrive à nous toucher avec ses personnages auxquels on s’attache très vite finalement. Le lecteur a envie qu’ils s’en sortent, qu’il y ait enfin une justice dans ce monde terrible. Olivier Norek nous apprend beaucoup de choses sur les conditions de vie dans la jungle, des conditions inimaginables pour tout un chacun. On comprend aussi le travail ingrat de la police de Calais qui doit gèrer des situations extrèmement compliquées. Comme si la liberté devait forcément passer par la violence.

Dérangeant et passionnant.

Editions Michel Lafon

 

« Couleurs de l’incendie » de Pierre Lemaitre

 

"Couleurs de l'incendie" de Pierre Lemaitre. Chroniques de livres et conseils de lecture par MLBA.

« Couleurs de l’incendie » de Pierre Lemaitre. Chroniques de livres et conseils de lecture par MLBA.

Vous aviez aimé « Au revoir là-haut »?
Vous aimez les histoires de vengeance ?
Voici ma potion:

Nous avions laissé la famille Péricourt après le suicide du fils, revenu défiguré de la grande guerre. Nous reprenons l’histoire en 1927 alors que l’on enterre le père Marcel Péricourt. Il ne s’est jamais vraiment remis de la mort de son fils. Sa fille, Madeleine, va devoir reprendre l’empire familial, toute seule, car elle a refusé tous les prétendants potentiels.

Mais voilà que le fils de Madeleine, Paul, dans un geste désespéré se jette d’une fenêtre de la maison pour venir s’écraser sur le cercueil de son grand-père. Sidération totale.

Le petit garçon de 7 ans n’est pas mort mais en très mauvais état, on le conduit à l’hôpital où on le diagnostique paraplégique.

Commence alors une descente aux enfers pour Madeleine qui abandonne tout pour son fils. Elle laisse l’ami de la famille, Gustave Joubert, s’occupait de toute la partie financière et signe malgré elle tout et n’importe quoi.

La désillusion sera totale mais Madeleine va user de toutes ses facultés pour reprendre ce qui lui appartenait.

Pierre Lemaître nous enchante une fois de plus avec ce projet de vengeance d’une femme déchue. Il raconte avec une plume acérée et passionnée cette époque trouble de l’entre deux guerres où tout pouvait se jouer. Ses personnages sont magnifiques et horribles à la fois, il dépeint tout ce que la nature humaine peut donner de bon comme de mauvais.

« Couleurs de l’incendie  » se lit comme un véritable page-turner. C’est tellement visuel que l’on a l’impression de regarder un thriller haletant.

Une intrigue menée tambour battant.

Vivement la suite !

Editions Albin Michel

« Par amour » de Valérie Tong Cuong

"Par amour"de Valérie Tong Cuong. Chroniques de livres et conseils de lecture par MLBA.

« Par amour »de Valérie Tong Cuong. Chroniques de livres et conseils de lecture par MLBA.

Vous avez envie d’émotion?
Vous aimez être transporté par des personnages?
Voici ma potion:

L’histoire débute en juin 1940 au Havre. Emélie, concierge d’école vit avec ses deux enfants Lucie et Jean. Son mari, Joffre a été mobilisé. C’est aussi le cas du mari de Muguette, sa soeur, qui vit avec son fils Joseph et sa fille Marline qui n’a pas dit un mot depuis le début de la guerre.

Le Havre est non seulement occupée par les Allemands, mais aussi bombardée sans relâche par les Anglais, détruisant à peu près tout.

Certains enfants vont être évacués vers l’Algérie dont ceux de Muguette. La ville aussi sera évacuée à plusieurs reprises. C’est une vie sous les bombardements et avec les privations qui commence pour les deux familles. Muguette devra partir au sanatorium, ayant contracté la tuberculose suite à la mauvaise alimentation et aux mauvaises conditions de vie.

« Par amour » est un magnifique roman choral, comme c’est si bien le faire Valérie Tong Cuong. Elle nous raconte une petite histoire dans la grande. Cette narration a plusieurs voix (chaque chapitre prend le point de vue d’un personnage différent) donne encore plus de profondeur au propos. Le lecteur est pris dans les événements. On sent d’ailleurs un travail de documentation excessivement bien mené.

Valérie Tong Cuong sait créer des personnages d’une réelle épaisseur et véracité. Elle arrive à nous les rendre proche et surtout à ce que l’on soit en totale empathie avec eux.

L’histoire est bouleversante. Soyez prêts à verser une petite larme.

Que serait-on prêt à faire par amour? Vous avez un début de réponse dans ce superbe roman.

Éditions Lattes

« No home » de Yaa Gyasi

"No home" de Yaa Gyasi. Chroniques de livres et conseils de lecture par MLBA.

« No home » de Yaa Gyasi. Chroniques de livres et conseils de lecture par MLBA.

Vous aviez aimé « Racines » de Alex Haley?
Vous espérez vous coucher moins bête ce soir?
Voici ma potion:

Au XVIIIème siècle au Ghana (anciennement la Côte de l’Or), deux filles naissent de la même mère mais dans deux villages différents, des villages rivaux, les Ashanti et les Fanti.

Alors qu’Effia, surnommée « la Beauté » est repérée par le nouveau gouverneur britannique en place et devient pour quelques sous sa « femme africaine », Esi est enlevée et emmenée au fort (dirigé par ce fameux gouverneur) où sont entassés les futurs esclaves en attente de partir pour le nouveau continent.

Chapitre après chapitre le lecteur va suivre la destinée des deux soeurs et de leurs descendants.

Ceux qui auront atterris en Amérique vont connaitre les affres de l’esclavagisme, dans les champs de coton et autres mines de charbon. Ils vont surtout connaitre la ségrégation, le racisme et la violence faite aux Noirs, à toutes les époques.

Les descendants de Effia, restés sur le continent africain auront aussi à faire face à de terribles bouleversements. Ils devront continuer pendant longtemps la pratique du commerce triangulaire initié avec les Anglais, continuer à profiter des guerres entre village pour enlever leurs rivaux et les revendre. Malgré l’éducation et l’aisance qu’ils pourront acquérir, ce lourd passé sera dur à porter et la fuite vers les Etats-Unis sera le seul moyen de se libérer.

Sur trois siècles Yaa Gyasi nous raconte l’histoire de cette famille noire, tiraillée par les guerres, par l’esclavagisme, et surtout par la cruauté de l’homme blanc. Elle parsème son récit de détails sur les coutumes africaines, sur la vie des esclaves dans les mines de charbon, sur l’arrivée de la drogue à Harlem dans les années 60. Chaque époque est très bien documentée et on y apprend beaucoup de choses.

Magnifiquement écrit, le lecteur suit avec plaisir et intérêt ces destinées. A travers une pléiade de personnages on voit et comprend l’évolution de la société. Chaque chapitre alterne d’un continent à un autre sans jamais que l’on soit perdu.

C’est un roman sur la condition des Noirs à travers les siècles mais aussi sur la condition de la femme noire, qui doit se montrer forte et vaillante pour porter la famille.

C’est tout simplement un livre sur la liberté.

Edition Calmann-Levy.

 

« Les jonquilles de Green Park » de Jérôme Attal

"Les jonquilles de Green Park" de Jérôme Attal. Chroniques de livres et conseils de lecture par MLBA.

« Les jonquilles de Green Park » de Jérôme Attal. Chroniques de livres et conseils de lecture par MLBA.

Vous avez envie de passer un bon moment?
Vous avez envie d’un peu de douceur dans ce monde de brutes?
Voici ma potion:

Tommy, 13 ans, vit avec ses parents et sa grande sœur Jenny. Nous sommes en 1940 à Londres, à l’approche de Noël. Les allemands ont commencé les bombardements stratégiques et il faut régulièrement que toute la famille se mette à l’abri dans les sous-sols prévus à cet effet.

Le père, inventeur, reste à la maison en attendant de trouver « la » bonne idée. Il est sur un projet de tatou géant qui permettrait de sauver tous les enfants de Londres. La mère travaille à l’usine afin de subvenir aux besoins de la famille. La grande sœur, fan de Clark Gable, veut rejoindre le corps des jeunes filles volontaires du Saint Thomas’ Hospital.

Tommy est un rêveur. Il veut devenir écrivain et se sert souvent de son quotidien pour alimenter ses histoires. Ses copains et lui sont fans de super-héros et de cinéma. Ils s’imaginent constamment à la place de leurs personnages préférés.

Et il y a aussi Mila dont il est secrètement amoureux.

Jérôme Attal propose au lecteur une sorte de conte d’apprentissage. Un récit sur l’adolescence avec tous les tourments que cela peut comporter mais en temps de guerre, ce qui donne une dimension différente à tout le récit. Même si le malheur plane les adolescents restent des ados, mais avec un rapport direct avec la mort.

La langue de l’auteur est très belle, très poétique, on se régale à chaque tournure de phrase.

« Moi, Tommy Bradford, je me battrai dans ce monde pour une raison toute simple : pouvoir continuer à marcher dans les rues en pensant au mystère agréable qu’est le sourire de Mila »

« Le métier d’inventeur de mon père, je pense que c’est comme un pari sur l’avenir. Qu’un jour, il trouvera l’invention qui changera la manière qu’on a de voir ou de vivre les choses »

On sent une tendresse très forte pour ses personnages. Ce Tommy est un sacré loustic mais il est tellement attachant qu’on le suit jusqu’au bout avec plaisir.

Ce roman vous touchera en plein cœur, c’est certain.

Édition Robert Laffont