« Les jonquilles de Green Park » de Jérôme Attal

"Les jonquilles de Green Park" de Jérôme Attal. Chroniques de livres et conseils de lecture par MLBA.

« Les jonquilles de Green Park » de Jérôme Attal. Chroniques de livres et conseils de lecture par MLBA.

Vous avez envie de passer un bon moment?
Vous avez envie d’un peu de douceur dans ce monde de brutes?
Voici ma potion:

Tommy, 13 ans, vit avec ses parents et sa grande sœur Jenny. Nous sommes en 1940 à Londres, à l’approche de Noël. Les allemands ont commencé les bombardements stratégiques et il faut régulièrement que toute la famille se mette à l’abri dans les sous-sols prévus à cet effet.

Le père, inventeur, reste à la maison en attendant de trouver « la » bonne idée. Il est sur un projet de tatou géant qui permettrait de sauver tous les enfants de Londres. La mère travaille à l’usine afin de subvenir aux besoins de la famille. La grande sœur, fan de Clark Gable, veut rejoindre le corps des jeunes filles volontaires du Saint Thomas’ Hospital.

Tommy est un rêveur. Il veut devenir écrivain et se sert souvent de son quotidien pour alimenter ses histoires. Ses copains et lui sont fans de super-héros et de cinéma. Ils s’imaginent constamment à la place de leurs personnages préférés.

Et il y a aussi Mila dont il est secrètement amoureux.

Jérôme Attal propose au lecteur une sorte de conte d’apprentissage. Un récit sur l’adolescence avec tous les tourments que cela peut comporter mais en temps de guerre, ce qui donne une dimension différente à tout le récit. Même si le malheur plane les adolescents restent des ados, mais avec un rapport direct avec la mort.

La langue de l’auteur est très belle, très poétique, on se régale à chaque tournure de phrase.

« Moi, Tommy Bradford, je me battrai dans ce monde pour une raison toute simple : pouvoir continuer à marcher dans les rues en pensant au mystère agréable qu’est le sourire de Mila »

« Le métier d’inventeur de mon père, je pense que c’est comme un pari sur l’avenir. Qu’un jour, il trouvera l’invention qui changera la manière qu’on a de voir ou de vivre les choses »

On sent une tendresse très forte pour ses personnages. Ce Tommy est un sacré loustic mais il est tellement attachant qu’on le suit jusqu’au bout avec plaisir.

Ce roman vous touchera en plein cœur, c’est certain.

Édition Robert Laffont

« Oona & Salinger » de Frédéric Beigbeder

"Oona & Salinger" de Frédéric Beigbeder. Chroniques de livres et conseils de lecture par MLBA.

« Oona & Salinger » de Frédéric Beigbeder. Chroniques de livres et conseils de lecture par MLBA.

Envie d’un roman facile à lire mais néanmoins intense et passionné?
Vous aimez David Foenkinos ou Catherine Cusset?
Voici ma potion:

Frédéric Beigbeder décide dans son nouveau roman de nous raconter l’histoire d’amour entre Oona O’Neill et J.D. Salinger, qui se passa au début des années quarante.

Oona O’Neill, fille du célèbre dramaturge Eugene O’Neill, fait partie de l’élite branchée de New-York. Bien qu’elle n’ait plus eu de contact avec son père depuis dix ans, elle surfe sur sa célébrité.

Jerry Salinger écrit quelques nouvelles mais n’a pas encore publié son grand roman.

Un soir, au Stork Club, fameux bar de l’époque où se retrouvait toute la jeunesse aisée, ils se rencontrent, c’est le coup de foudre, Oona n’a que seize ans et Jerry vingt et un.

Mais ils ne vivront pas une belle et fabuleuse histoire d’amour, simplement un flirt de quelques semaines. Jerry ne répondant pas aux attentes de Oona, et Oona étant un tantinet trop superficielle pour lui. Le départ à la guerre de Jerry va mettre un point final à cette histoire. Il continuera à lui écrire des lettres pour lui raconter les combats (et espérer secrètement qu’elle l’attende), mais Oona va rencontrer Charlie Chaplin, en tomber amoureuse et l’épouser alors qu’elle n’a que 17 ans et lui 54.

Beigbeder ne nous raconte pas qu’une histoire d’amour, celle-ci est même un prétexte pour parler d’autres choses. Faire le parallèle entre la jeunesse dorée de Oona, sa frivolité et la guerre très dure à laquelle participe Jerry en Europe. Guerre qui va le transformer à jamais puisqu’il ne sera pas le même au retour. Il préfèrera s’isoler et vivre reclus jusqu’à la fin de ses jours. Prétexte aussi pour parler de lui, comme Beigbeder sait si bien le faire, sans rien dévoiler on peut dire qu’il finit son récit en racontant sa rencontre avec sa femme.

Frédéric Beigbeder nous offre un magnifique roman. Les passages sur la guerre sont superbement traités, d’autant plus forts qu’ils sont en décalage avec ce qu’il se passe dans la vie de Oona au même moment.

C’est enfin un roman où vous pourrez croiser Truman Capote, Hemingway et Orson Welles.

Très bon roman de non-fiction (c’est l’auteur qui le dit), très fluide qui vous donnera forcément envie de lire ou relire « L’attrape-coeurs » de J.D. Salinger.

Édition Grasset

« Mon traître » de Sorj Chalandon

"mon traître" de Sorj Chalandon. Chroniques de livres et conseils de lecture par MLBA

« mon traître » de Sorj Chalandon. Chroniques de livres et conseils de lecture par MLBA.

          ::Potion essentielle::

Vous aimez les livres engagés ou ceux sur l’amitié?
Vous aimez Yasmina Khadra ou Russel Banks?
Voici ma potion:

En 1974 un luthier de Paris, Antoine, se prend de passion pour l’Irlande et Belfast en particulier. Pour fêter ses 30 ans il va rejoindre un ami à Dublin et de fil en aiguille continue son voyage jusqu’à Belfast.

Là il rencontre l’Irlande du Nord et surtout des militants de l’IRA dont il va essayer de comprendre le combat. Lors d’un autre séjour à Belfast il fait la connaissance de Tyrone Meehan. Celui-ci, un des leader de l’IRA, va en quelque sorte devenir son mentor et son ami. Antoine va s’investir, à sa manière, dans la lutte.

Mais voilà, Tyrone est un traître, celui-ci a été « retourné » par les services secrets anglais.

« Mon traître » est un livre sur l’engagement, sur l’amitié et sur la confiance. Comment peut-on trahir les siens, trahir sa cause pendant 20 ans tout en regardant les autres dans les yeux? Qu’est ce qui était vrai dans toutes ses paroles?

« Mon traître » c’est l’histoire de Sorj Chalandon. Les noms ont été changés, les dates aussi mais c’est son histoire. Le récit prend d’autant plus de profondeur et de puissance quand on sait que ces évènements se sont réellement passés.

Sorj Chalandon nous livre un roman très poignant et très bien construit, avec une alternance entre le récit d’Antoine et les compte-rendus de l’interrogatoire de Tyrone.

Un très beau livre sur l’humain et ses diverses facettes.

A lire absolument!

Edition Livre de Poche

« L’homme qui avait soif » de Hubert Mingarelli

L'homme qui avait soif de Hubert Mingarelli

L’homme qui avait soif de Hubert Mingarelli

Vous aimez les romans sur l’errance et la détermination?
Vous aimez Pierre Pelot ou Patrick Modiano?
Voici ma potion:

Après la guerre, Hisao, un jeune soldat japonais  décide de rejoindre sa future femme. Ils ne se connaissent pas,  ils se sont simplement écrit des lettres. Il a prévu de lui offrir un magnifique cadeau d’une grande valeur.
Il part en train.

Mais Hisao revient de la guerre avec quelques séquelles psychologiques,  notamment la peur de ne pas pouvoir assouvir sa soif. Alors que le train fait une halte il descend précipitamment pour se désaltérer. Le train repart sans lui, emportant ses affaires. Commence pour lui un terrible voyage physique et psychologique. Il doit absolument retrouver son sac avec le cadeau pour sa fiancée sinon il ne pourra pas se présenter devant elle .
Hubert Mingarelli dresse le portrait tout en finesse et poésie de ce jeune soldat japonais. Ses angoisses et les souvenirs de la guerre qui le hantent alors qu’il essaie de rejoindre la ville jalonnent ce récit.
Ce roman aborde le thème des préjudices moraux que peut causer la guerre. Du point de vue japonais c’est d’autant moins courant et en même temps ce n’est pas un récit sur la guerre. Là est la force de cette histoire poignante qui se lit d’une traite.
« L’homme qui avait soif » s’est vu décerné le prix Landerneau,  prix de libraires, donc gage de qualité.
Laissez vous emporter par sa poésie.

Edition Stock

« Au revoir là-haut » de Pierre Lemaître

Chronique de livres et conseils de lecture "au revoir la-haut" de Pierre Lemaitre par MLBA

Chronique de livres et conseils de lecture « au revoir la-haut » de Pierre Lemaitre par MLBA

Vous aimez l’idée de revanche et les histoires de crapule?
Vous aimez Marc Dugain ou Jean Echenoz?
Voici ma potion:

Deux rescapés de la guerre de 14 vont s’allier pour monter une grosse escroquerie basée sur le sentiment patriotique.

Albert Maillard et Edouard Péricourt sont littéralement des rescapés. Alors que tout les oppose, à commencer par le niveau social (Albert vient du milieu ouvrier, Edouard est fils d’un industriel plein aux as) la guerre va les lier à jamais. Edouard sauve la vie d’Albert lorsque celui-ci était en train de mourir étouffé sous un amas de terre. Mais en lui sauvant la vie, Edouard va se retrouver défigurer suite à l’explosion d’un obus. Il devient une véritable gueule cassée. Albert fait alors tout pour que son sauveur survive.

A la démobilisation une nouvelle vie commence. Edouard ne souhaite pas retourner chez lui, il est méconnaissable, n’a plus de figure, de mâchoire et ne peut plus parler. Il demande à Albert de lui trouver une nouvelle identité. Ils vont le faire passer pour mort auprès de sa famille.

Un nouveau combat pour la survie débute. Les anciens poilus sont considérés comme les rebuts de la société. Albert subvient aux besoins du duo par de petits boulots, surtout qu’Edouard est devenu accro à la morphine. Ce dernier, excessivement doué en dessin, décide de monter une arnaque. Ils vont vendre des monuments aux morts aux communes, demander une avance et s’enfuir avec le pactole. Albert d’abord réticent se laisse entrainer dans l’affaire.

En parallèle, le lecteur suit Henri d’Aulnay-Pradelle, capitaine de nos deux personnages pendant la guerre, un être sans scrupule qui a de l’ambition à revendre, prêt à tout pour réussir. Il épouse la sœur d’Edouard pour s’établir dans les beaux milieux de Paris et se servir du nom de son beau-père comme faire-valoir. Il se lance, lui-aussi, dans une arnaque qui n’en a pas le nom, mettre en place des cimetières d’anciens combattants pour que les familles puissent se recueillir. Mais étant un personnage sans état d’âme, il va monnayer le prix des cercueils (moins chers), quitte à mélanger les soldats et ne pas savoir qui est enterré (après tout les parents ne vont pas regarder dedans). Tout ça à ses risques et périls.

Pierre Lemaître nous tient en haleine du début à la fin. Il nous offre un roman passionnant sur une période noire de notre histoire. On découvre tout le trafic qui a pu être fait suite à la guerre, comment des hommes se sont enrichis grâce au chagrin, comment les soldats qui ont combattus pour la France se sont retrouvés sans rien, à la rue.

Albert et Edouard veulent une revanche sur la vie. Ce qu’ils ont donné en combattant personne ne leur rendra.

Une véritable fresque historique, un roman noir très cynique. On sent bien que l’auteur vient du polar, il sait distiller la tension quand il faut avec une écriture et un style très efficace.

Ne vous arrêtez pas au sujet de l’après-guerre si vous n’êtes pas féru d’histoire, c’est avant tout un magnifique roman.

Edition Albin Michel