Black Manoo de Gauz

Aujourd’hui je vais vous parler de “Black Manoo” de Gauz que j’ai lu dans le cadre du prix du meilleur roman points.

Gauz, je le connaissais car j’avais lu “debout-payé” dans le cadre d’un autre prix littéraire et déjà j’avais pu noter l’originalité de son écriture, vraiment différente de ce qu’on pouvait lire à l’époque de sa sortie.

Black Manoo est ivoirien, Emmanuel de son prénom. Dans les années 90 il débarque en France avec un faux visa. Erudit, il connait la généalogie des rois de France par cœur, il n‘en est pas moins aussi accro au crack. Ses débuts à Belleville sont compliqués mais il réussit à se faire une place dans cette jungle urbaine.

Au travers de son parcours, Gauz nous donne à voir la vie des clandestins et migrants de l’époque. Grâce à sa prose colorée, musicale et souvent drôle, l’auteur nous fait entrer dans le quotidien de tous ses personnages. Ça peut paraitre léger, la forme est légère (ce qui n’est aucunement une critique) mais le fond est très fort. Une véritable plongée dans les quartiers populaires et la manière dans les gens à la marge, les invisibles, survivent.

Evidemment mention spéciale pour son héros qui donne véritablement à réfléchir sur notre société.

Connaissez vous cet auteur ou ses romans ??

« Né d’aucune femme » de Franck Bouysse

Alors que Gabriel est un jeune curé de campagne, il est appelé pour faire la mise en terre de Rose, morte à l’asile du coin. La veille lors d’une confession une femme lui demande de récupérer des carnets noirs qu’elle aurait caché sous la robe de la morte. Malgré ses réticences il décide de prendre les carnets et de les lire.

Dans une petite ferme, Rose est l’aînée de quatre filles. A 14 ans son père décide de la « vendre » à un gros propriétaire terrien de la région. Celle-ci est emmenée sans savoir ce qu’on attend d’elle. Une nouvelle vie faite de souffrance et de désillusion.

Je n’avais entendu que du bien de ce roman de Franck Bouysse et j’hésitais à le lire de peur d’être déçue. En fait ça a été la claque. Un roman d’une puissance étonnante. Dès les premières pages on sent qu’on entre dans une histoire particulière.Les personnages sont forts et complexes, les paysages extrêmement bien décrits participent à l’univers et l’écriture est magnifique.

Malgré la dureté et la violence de l’histoire ce n’est pas glauque, juste réaliste. Le destin de Rose est émouvant et déchirant. Le lecteur est en empathie totale avec elle. Réussir à saisir les lecteurs à ce point est l’apanage des grands écrivains. On referme ce roman avec un sentiment partagé entre tristesse et espoir.

Pour les quelques personnes qui ne l’auraient pas encore lu, vous pouvez vous y plonger sans crainte.

Édition Le Livre de Poche

« Nature humaine » de Serge Joncour

Alexandre a repris la ferme familiale située au fin fond du Lot. Il vit seul dans cette ferme qui a abrité ses parents et ses trois sœurs, toutes parties dès que cela a été possible.

De 1976 à 1999, la ferme évolue. Alors qu’il se retrouve mêlé malgré lui à des exactions terroristes contre des centrales nucléaires, pour l’amour d’une fille, il participe à ces changements. Évolutions technologiques, intensification de l’élevage dû à l’essor des centres commerciaux et à la demande croissante, les terrains vendus pour laisser la place à des autoroutes. A l’aube de l’an 2000 qu’en est-il de la vie d’agriculteur ?

Serge Joncour dresse le portrait de la France profonde sur deux décennies. Profonde car il nous parle des campagnes et des gens qui y travaillent, les paysans. Alexandre représente tous ces jeunes gens qui ne voyaient d’autre avenir que poursuivre le travail de leurs pères. Parce que c’était ainsi mais aussi parce qu’ils y croyaient.

Au long de ces années la société a bien changé, la façon de cultiver, d’élever le bétail. Et Serge Joncour a les mots justes pour restituer au plus près cette époque. Des personnages vrais que j’aurais pu rencontrer, fille de la campagne que je suis.

Encore une fois un roman, témoin d’une époque, totalement maîtrisé qui mérite amplement toutes les récompenses reçues.

Édition Flammarion

« Tout autre nom » de Craig Johnson

Le shérif Walt Longmire reprend du service. On fait appel à lui pour enquêter sur le suicide de l’inspecteur Gerald Holman qui se serait tiré deux balles dans la tête.

Pour comprendre son geste, Walt se penche sur les dossiers que Gerald était en train de traiter. Une affaire de disparitions de femmes semble une piste intéressante pour commencer.

Pour ceux qui ne connaissent pas encore les romans de Craig Johnson et son personnage de Walt Longmire, je ne peux que vous conseiller de vous y plonger.

Walt Longmire est shérif dans le Wyoming. Il est intransigeant, droit dans ses bottes, fidèle en amitié et surtout tenace quand il s’agit de mener une enquête jusqu’au bout. Le Wyoming est aussi un personnage à part entière dans les romans de Johnson. Un climat rude, froid et dangereux où il ne fait pas forcément bon vivre.

Dans cet opus Walt va encore devoir arpenter les décors arides du Wyoming en hiver, tempêtes de neige, rencontre avec des bisons et de superbes descriptions de paysage. Une enquête non sans danger, passionnante car elle met en avant notre héros dans toute sa splendeur. Un brin macho avec des répliques savoureuses.

Éditions Points.

« Le loup des Cordeliers » de Henri Lœvenbruck

En Mai 1789 des tensions apparaissent en France et surtout à Paris. Dans ce contexte particulier, Gabriel Joly, jeune journaliste plein d’ambition arrive en ville. Très vite il se lie d’amitié avec une bande d’avocats tels que Desmoulins et Danton. Engagé au « Journal de Paris » grâce à son oncle, Gabriel s’intéresse de près à des agressions qui ont eu lieu dans le quartier des Cordeliers. Un mystérieux justicier accompagné d’un loup règle son compte à des hommes qui ont attaqué des femmes.

Aidé d’un drôle de pirate nommé Récif, il va mener une enquête qui pourrait le mener dans les plus hautes sphères du pouvoir, à l’aube de la Révolution.

Pour ceux qui connaissent le monde du thriller, Henri Lœvenbruck n’est pas un nom inconnu. On loue déjà son talent de conteur, souvent noir, et son goût pour l’histoire. Il récidive ici avec cette enquête au temps de la Révolution. Hyper documenté et , ce récit nous embarque totalement. L’auteur mêle l’histoire, le thriller, l’aventure mais aussi l’humour. Le duo Gabriel/Récif est des plus savoureux.

Henri Lœvenbruck met en scène les grands noms de l’époque comme Danton ou Mirabeau pour notre plus grand bonheur. Personnellement il m’a fait découvrir le personnage de Anne-Josèphe Théroigne de Méricourt qui a vraiment existé, une des premières féministes de l’Histoire. Si vous n’avez pas ouvert un dictionnaire ou Wikipédia après avoir fini ce livre afin de vérifier les évènements c’est que vous n’êtes pas très curieux!

« Le loup des Cordeliers » est un premier tome, le deuxième étant déjà sorti, vous aurez forcément envie de connaître la suite de ce thriller à la Alexandre Dumas mais en résolument plus moderne.

Édition Pocket.

« Oh happy day » de Anne-Laure Bondoux et Jean-Claude Mourlevat

Il est des livres que vous lisez par hasard, la couverture vous a plu, un ami vous l’a prêté. Et souvent ces livres là procurent de bonnes surprises. C’est le cas de celui-ci que j’ai eu la chance de pouvoir lire.

Pierre-Marie Sotto est un écrivain reconnu, récompensé par un Goncourt. Quatre ans auparavant il a mis fin à sa liaison avec Adeline Parmelan et il hésite aujourd’hui à la recontacter afin de récupérer un petit carnet qui pourrait lui redonner l’inspiration pour un nouveau roman.

Ce carnet est un bon prétexte pour renouer un lien avec cette femme qu’il aime toujours. Adeline a refait sa vie, se prépare à un grand déménagement mais elle répond à Pierre-Marie. Et leurs joutes littéraires reprennent.

Avec « Oh happy day » le lecteur peut renouer avec les grands romans épistolaires du 18ème siècle. Un échange de correspondance entre deux protagonistes qui permet de comprendre leur relation et leur motivation.

Un lien très fort uni Pierre-Marie et Adeline et on le voit ressurgir au fur et à mesure des mails qu’ils s’envoient. Comme une évidence il la recontacte au moment où elle en a le plus besoin. Et il n’y a pas que des échanges de lettres ou de mails dans ce roman ce qui donne encore plus de consistance à ces personnages.

Écrire à quatre mains ne doit pas être chose aisée mais les deux auteurs nous offrent une belle histoire d’amour ponctuée de moments assez rocambolesques. Une histoire d’amour entre séniors qui prouve que l’amour n’a pas d’âge.

Je n’ai pas lu « Et je danse aussi » où apparaissent pour la première fois Pierre-Marie et Adeline mais je n’ai pas eu l’impression d’avoir manqué des choses. Ça m’a par contre donné envie de m’y plonger!

Fleuve Éditions

« L’institut » de Stephen King

D’un côté il y a Tim Jamieson, ancien flic, qui décide de partir pour New-York afin de laisser derrière lui son passé. Sur la route ses pas le mènent jusqu’à la petite ville de Dupray où sans vraiment savoir pourquoi il décide de poser ses valises pour quelques temps.

De l’autre Luke Ellis, jeune garçon de 12 ans vivant à Minneapolis. Surdoué il s’apprête à passer les concours d’entrée dans deux universités prestigieuses lorsqu’il se fait enlever par une obscure organisation.

Il se réveille dans une pièce identique à sa chambre. Mais en sortant dans le couloir il rencontre une jeune fille qui lui explique où ils se trouvent. L’Institut, où de nombreux jeunes gens possédant des dons particuliers sont séquestrés et subissent régulièrement divers tests.

Un nouveau roman de Stephen King est toujours une bonne nouvelle. Un nouveau roman qui en plus met en scène des adolescents est encore plus espéré, comme à l’époque de « Ça » ou « Shining ».

Je ne suis sans doute pas objective mais j’ai beaucoup aimé « L’institut ». On y retrouve tous les ingrédients qui marchent, un jeune héros intelligent et téméraire qui va servir de catalyseur, un adulte courageux et empathique, une organisation internationale douteuse et complexe et une ambiance stressante.

Certains trouveront des longueurs, ce qui est vrai, mais j’ai trouvé que ça intensifiait le climat oppressant de l’Institut. L’écriture de Stephen King est toujours aussi efficace et quand on referme son livre, on espère juste qu’il y en aura un autre très vite.

Édition Albin Michel

« L’art d’écouter les battements de coeur » de Jan-Philipp Sendker

Tin Win est un brillant avocat de Wall Street, bon père de famille. Un jour il disparait. Son passeport est retrouvé quelques semaines plus tard près de Bangkok.

Quatre ans plus tard, sa fille Julia qui est devenue avocate à son tour, découvre des lettres d’amour que son père aurait écrites mais jamais envoyées à Mi Mi, une jeune femme birmane.

Décidée à découvrir ce qu’il est vraiment advenu de son père et surtout à résoudre l’énigme autour de son passé, elle va partir en Birmanie. Un nouveau monde s’ouvre à elle, très éloigné de son quotidien new-yorkais et la rencontre avec U Ba va lui apprendre qui était son père.

Voilà un beau roman que j’ai lu il y a quelques années maintenant mais qui m’est resté longtemps en mémoire et que j’avais envie de mettre en avant.

« L’art d’écouter les battements de cœur » est un roman d’amour, filial et fusionnel, mais aussi un récit initiatique. En comprenant la vraie nature de son père, Julia se découvre elle-même. Les croyances birmanes vont mettre à mal sa carapace occidentale et elle ne sera plus jamais la même.

L’écriture est simple, profondément sincère et le lecteur peut puiser un peu de sagesse dans cette histoire émouvante. J’aime les livres qui redonnent foi en l’humanité!

Le Livre de Poche.

« Une joie féroce » de Sorj Chalandon

Jeanne est libraire. Elle vit avec Matt dans une routine monotone depuis le décès de leur enfant. Mais alors qu’on lui détecte un cancer du sein, un sentiment refait surface, celui de vivre et d’être libre.

Les femmes qu’elle rencontre pendant ses séances de chimio et qui sont donc atteintes du même mal vont lui être d’un grand secours afin de reprendre sa vie en main.

C’est toujours avec plaisir que j’ouvre un roman de Sorj Chalandon. Je sais que je vais y trouver une histoire humaine. Une histoire qui va me toucher au cœur et qui va me faire réfléchir.

« Une joie féroce » ne déroge pas à la règle. L’auteur aborde un sujet douloureux, le cancer, et là où il aurait pu facilement y avoir du pathos, il n’y a que de la solidarité et de l’humour. Ces femmes ne baissent pas les bras, malgré les effets secondaires des traitements elles veulent profiter du temps qu’elles ont quitte à faire des choses qu’elles n’auraient jamais osé faire en temps normal.

De beaux portraits de femmes combatives et courageuses.

Édition Le Livre de Poche

« Seul le silence » de R.J.Ellory

Au fin fond de la Géorgie, Joseph, douze ans, vit seul avec sa mère, son père étant récemment décédé. Près de chez eux des fillettes sont sauvagement assassinées après avoir été violées. Cela dure depuis quelques mois, Joseph découvre même une des victimes aux abords de sa maison. Cet évènement va le marquer à jamais. Et même alors qu’il aura quitté la région pour s’installer à New-York, cette histoire va le rattraper, les meurtres n’ont jamais cessé.

Premier roman de R.J.Ellory édité en France, « Seul le silence » marque le début d’un auteur important, qui a son univers à lui et sa façon propre de raconter des histoires.

« Seul le silence » est un roman prenant, intense. Ellory nous compte l’histoire de Joseph, un homme aux prises avec les démons de son enfance, hanté par les meurtres barbares de petites filles qu’il connaissait. Exceptionnellement doué pour l’écriture, il va s’en servir pour exorciser tout ça. Accablé par les évènements tragiques qui traversent sa vie, il n’aura de cesse de trouver l’assassin.

Un roman dense et poignant. On suit ce personnage de son enfance à son âge adulte et on est en totale empathie avec lui. Comment peut-on vivre en endurant tant de souffrance? Un roman noir avec en filigrane ces meurtres commis par un esprit complètement dérangé.

Je ne peux que vous le recommander.

Édition Le Livre de Poche