« Qu’à jamais j’oublie » de Valentin Musso

Aujourd’hui je vous parle de “Qu’à jamais j’oublie” de Valentin Musso, édité l’an dernier aux éditions du Seuil.
Alors que Théo rentre chez lui après le vernissage de l’exposition qu’il a créé autour des photos de son père Joseph Kircher, il apprend que sa mère, Nina, a été arrêté pour tentative de meurtre. Celle-ci aurait en effet poignardé un homme avant d’être retrouvée dans un état catatonique sans pouvoir proférer une seule parole. Il décide de la rejoindre afin d’en savoir plus et sa recherche de vérité va le conduire dans le passé de sa mère dont il ignorait tout.
Valentin Musso nous offre un polar bien ficelé où le personnage qui mène l’enquête n’est pour une fois pas un flic mais un fils en quête de vérité. C’est efficace, il y a peu de temps mort ou de superflu et c’est pour ça que ça se lit si bien. On reste pas mal dans le superficiel au niveau psychologie des personnages mais ça ne gâche pas le plaisir de lecture. L’histoire de la mère de Théo est particulièrement touchante d’autant plus qu’elle est basée sur des faits réels, un pan de l’histoire suisse dont je n’avais aucune idée. Et vous savez comme j’aime apprendre des choses en lisant !
J’aime aussi dans les romans tout ce qui touche aux secrets de famille, là je suis ravie. Encore une preuve que les secrets et les mensonges peuvent avoir de graves conséquences.

« Le pays des autres » de Leila Slimani

Aujourd’hui je vous parle d’un roman “le pays des autres” de Leïla Slimani qui est sorti il y a deux ans et qui prenait la poussière dans ma bibliothèque. J’étais partagée entre l’envie de le lire et la peur d’être déçue. Ça vous le fait aussi parfois ?
En 1944 Mathilde, une jeune alsacienne se marie avec Amine, un soldat marocain. Après la libération ils partent vivre au Maroc sur les terres natales du jeune homme. Là-bas, il va tenter de faire vivre le domaine laissé par son père, une terre aride et rocailleuse où rien ne pousse. Mathilde, elle, a du mal à s’adapter à la vie marocaine et à l’isolement de la ferme familiale.
Leila Slimani nous propose de suivre cette famille sur dix ans. Dix ans de grands changements sociétaux et politiques dans ce pays où colons et indigènes vivent côte à côte pour le meilleur et pour le pire. L’auteure prend le temps de développer de magnifiques personnages, forts et faibles en même temps, avec en tête Mathilde, cette femme amoureuse pleine d’illusions qui va déchanter mais sans désespérer finalement. Et Amine qui peine à trouver sa véritable place dans sa famille et dans son pays. C’est l’histoire d’un déchirement, d’un déracinement, chacun est l’étranger de l’autre, comment fait-on alors pour vivre ensemble ?
Le roman se déroule de 1944 à 1956 mais tout est terriblement actuel.
L’écriture est très belle, très fluide. J’avais peur que ça soit long mais en fait je l’ai dévoré. Tout est très juste. Cette histoire m’a passionné. Vivement que je lise la suite qui vient de paraitre en début d’année.

Sœur de Abel Quentin

Aujourd’hui je vous parle de “Sœur” de Abel Quentin.

Jenny Marchand a 17 ans et le mal-être chevillé au corps. Elle est introvertie, n’a pas d’amis, ne se retrouve pas dans cette famille provinciale où il ne se passe pas grand-chose. Jusqu’à sa rencontre avec Dounia, une jeune musulmane qui lui accorde l’intérêt qu’elle n’a jamais trouvé auprès des siens.

Abel Quentin réussit à dépeindre la dérive adolescente de manière magistrale. On entre totalement dans la tête de cette jeune fille qui est tellement désespérée que l’idée d’un sacrifice semble la seule issue pour elle. L’auteur montre les rouages de l’endoctrinement qui parait si facile avec un esprit si perturbé. Enfin Jenny entend les mots qu’elle souhaitait entendre, enfin on lui offre de la considération. Il ne s’agit pas là de démontrer comment la radicalisation s’opère, Jenny n’est pas croyante à la base mais plutôt comment un esprit faible peut être facilement corrompu.

La mise en place du récit est très efficace, on sent la tension qui monte au fur et à mesure et même si la fin semble inéluctable, on se surprend à espérer qu’elle soit différente. L’histoire se déroule pendant une campagne présidentielle, difficile de ne pas penser à ce qu’il se passe en ce moment. Difficile aussi de ne pas faire le rapprochement avec ce qu’on peut lire dans les journaux sur des adolescents qui décident de partir faire une guerre qui n’est pas la leur.

Bref un roman qui se lit comme en apnée où on peut recommencer à respirer une fois le livre refermé.

Mexican gothic de Silvia Moreno-Garcia

Aujourd’hui je vous parle de “Mexican gothic” de Silvia Moreno-Garcia, édité chez Bragelonne. Dans ma pile depuis quelques mois, il me tardait de trouver le bon moment pour le lire.

Noemi Tabaoda, une jeune mondaine aimant les soirées festives, se voit confier une mission par son père. Aller rendre visite à sa cousine Catalina qui vient de leur envoyer un courrier très alarmant. Celle-ci récemment mariée à Virgil Doyle parle d’empoisonnement et de fantômes, elle semble plus que perturbée. Noemi se rend donc à High Place, fief de la famille Doyle où l’accueil qu’elle reçoit est plutôt hostile. Les habitants et la maison elle-même semblent cacher quelque chose

.Dans une ambiance plus que tendue, Silvia Moreno-Garcia nous propose un roman digne des romans gothiques du 19ème. Il y a du Bram Stoker, du Mary Shelley et même du Matthew Gregory Lewis (il faut lire “le moine”). Le style est peut-être moins habile ici mais l’auteure ne démérite pas avec cette histoire inquiétante et angoissante. Tous les ingrédients sont là pour que le lecteur n’ait pas envie de poser le livre. Il y a du rythme, de bons personnages, un peu d’humour et surtout une histoire horrible à souhait qui fonctionne hyper bien.

Une très belle surprise !

Fille de Camille Laurens

Aujourd’hui je vous parle de “Fille” de Camille Laurens, édité chez Gallimard. J’ai ce livre depuis deux ans dans ma pile et j’avoue que j’hésitais à le lire par peur, que ça me touche trop ou que ça ne me plaise pas, je ne sais pas. J’ai senti que le moment était venu de l’ouvrir.

Laurence nait à Rouen à la fin des années cinquante. C’est la deuxième fille de la famille. Quand on demande à son père s’il a des enfants, il répond “non, j’ai deux filles”. Je crois que tout est dit dans cette phrase. Le sujet du livre et la problématique terrible qui va étreindre Laurence toute sa vie.

Est-ce qu’on vaut moins quand on est une fille ? Comment peut-on se construire en sachant que nous n’étions pas désirés pour ce que nous sommes ? Et lorsque Laurence devient mère à son tour, que transmettre à cette fille à qui on donne la vie ?Avec une écriture sensible et très juste Camille Laurens aborde tous ces sujets qui, pour une femme, peuvent être terriblement violents. Sans tomber dans le féminisme, quelle femme n’a pas un jour subi une remarque sexiste ou déplacée du fait de son sexe ? J’ai été profondément touché par ce texte que j’ai trouvé d’une vérité dingue, comme l’impression d’ouvrir le journal intime de l’auteure et de me plonger dans son âme.

Ce livre touchera certainement plus les femmes que les hommes mais je conseille à ces messieurs de l’ouvrir, ils pourraient apprendre un ou deux trucs.

Dernier jour sur terre de David Vann

Aujourd’hui je vous parle de “Dernier jour sur terre” de David Vann. Ce n’est pas un livre récent, j’ai décidé d’essayer d’alléger ma pile à lire en exhumant des livres achetés il y a longtemps !

En 2008 dans une université américaine Steve Kazmierczak, 27 ans, tue cinq personnes et en blesse dix-huit autres avant de se donner la mort. David Vann revient sur cet évènement en essayant de comprendre ce qui pousse un jeune homme à commettre un tel acte.

L’auteur s’appuie sur la comparaison entre lui et le meurtrier. Après tout, lui aussi a été élevé au milieu des armes, il a appris à tirer extrêmement jeune, son père lui a montré comment abattre un cerf de sang-froid. Ce père, adulé, qui finit par se suicider une arme à la main. Alors pourquoi, lui, David Vann, s’en est sorti et pourquoi, Steve, a sombré dans une spirale qui l’a conduit à ce fameux 14 février 2008.

C’est un livre très intéressant avec un message fort en filigrane, sur la violence engendrée par la légalisation du port d’armes aux Etats-Unis. L’auteur met aussi en lumière le manque de suivi pour ceux qui ont des troubles psychologiques, en l’occurrence Steve, qui est livré à lui-même. Aurait-il commis ce crime si les bonnes personnes l’avaient accompagné ? Tant de questionnements qui ne justifient pas le geste mais tendent à l’expliquer.

Entre récit, témoignage et enquête, “dernier jour sur terre” est une plongée dans l’horreur mais aussi une critique acerbe de l’Amérique d’aujourd’hui qui produit ses propres tueurs de masse.

Le serpent majuscule de Pierre Lemaitre

Aujourd’hui je vous parle du premier polar écrit par Pierre Lemaitre et qui n’avait jamais été publié.

Nous allons suivre une tueuse à gage plutôt originale. Mathilde a la soixantaine bien sonnée, de l’embonpoint et sans doute un début d’Alzheimer. Alors qu’elle devrait se séparer des armes à chaque opération, Mathilde les ramène chez elle sans se rappeler de comment ni pourquoi elle les a utilisés. Evidemment à un moment ça dérape et son chef, le Commandant, commence à se poser des questions sur l’efficacité de la tueuse.

Pierre Lemaitre annonce en préambule que ce roman marque ses adieux au genre polar. La réédition de son premier roman noir sera aussi son dernier. Vu le plaisir que l’on prend à lire ce récit réjouissant et décalé, on peut se demander si ce n’est pas dommage que ce soit le dernier. L’auteur nous offre un roman noir caustique avec une héroïne loufoque et dérangée que rien ne peut arrêter.

Souvent les morts sont absurdes, fantaisistes et aucun personnage n’est à l’abri d’une balle perdue. C’est drôle, ça fait grincer les dents, c’est délirant mais surtout ça fait du bien de lire un polar dont la seule ambition est de distraire et faire sourire. Dans la veine des films noirs dialogués par Audiard.

Merci pour ce dernier roman noir Mr Lemaitre.

Une famille presque normale de M.T. Edvardsson

Aujourd’hui je vous parle de “une famille presque normale” de M.T. Edvardsson, un auteur suédois dont c’est le premier roman traduit en France.

Adam est pasteur, sa femme Ulrika est avocate, ensemble ils ont une fille Stella, 19 ans. La famille parfaite, en apparence. Un évènement va chambouler ce bel équilibre. Au travers du récit de chacun des protagonistes, le lecteur va assister au basculement de cette famille.

Ce livre a été élu meilleur polar étranger pour le prix Nouvelles voix du polar en 2021. J’en ai également entendu énormément de bien sur les réseaux sociaux par des personnes ayant l’habitude de lire ce genre de thriller. Mon attente était donc plutôt élevée ! Je ne peux pas dire que j’ai été déçue, j’ai trouvé que le récit était très bien mené, surtout avec ce parti pris de donner la parole à chaque personnage pour permettre au lecteur d’avoir une certaine vue d’ensemble. Mais je crois qu’il m’a manqué quelque chose pour vraiment en faire, selon moi, un grand thriller.

Le sujet principal est en tous cas traité de manière intelligente. Jusqu’où iriez-vous pour protéger votre enfant ? Les parents de Stella sont confrontés à ce dilemme, protéger son enfant coute que coute ou dire la vérité ? Est-on responsable des actions et décisions de son enfant ? Est-ce notre faute si notre enfant prend des mauvaises décisions ? Toutes ces questions sont abordées dans ce thriller ainsi que la notion de culpabilité, les non-dits ou bien la manipulation.

Un bon thriller qui m’a laissé sur ma faim à cause de la fin.

Juste derrière toi de Lisa Gardner

Aujourd’hui je vous parle de “Juste derrière moi” de Lisa Gardner, une auteure américaine de thriller qu’on ne présente plus, la nouvelle Mary Higgins Clark.

Le profileur Pierce Quincy et sa femme Rainie Conner, ancienne policière, sont devenus famille d’accueil. Ils décident d’ailleurs d’adopter Sharlah, la jeune fille dont ils s’occupent depuis quelques mois car des sentiments forts les unissent. Les choses se compliquent quand Telly, le grand frère de Sharlah, se retrouve impliqué dans plusieurs assassinats et que tout laisse à penser qu’il veut s’en prendre à sa sœur.

Lisa Gardner connait les codes du thriller, elle excelle dans la mise en place de l’histoire, dans la description des personnages et leur psychologie, elle a le don pour installer une sorte de tension tout le long du récit jusqu’au retournement final. C’est efficace pour qui cherche un bon thriller afin de se changer les idées. Ici, nous ne sommes pas dans le thriller que vous lâchez une fois le cerveau retourné, auquel vous pensez encore deux jours après mais il fait le job pour ce qu’on lui demande, du suspense et du divertissement.

Vous avez déjà lu Lisa Gardner ? Votre avis ?

Le village perdu de Camilla Sten

Aujourd’hui je vous parle de “le village perdu” de Camilla Sten. C’est un roman qui m’a été conseillé par un libraire pour ma Kube de ce mois-ci.

En 1959 à Silvertjarn toute la population de la ville a disparu. Les premières personnes arrivées sur les lieux découvrent une ville morte avec sur la place centrale une femme qui semble avoir été lapidée. Seul un bébé est rescapé. Que s’est-il passé ? Des années plus tard, Alice, documentariste et dont la grand-mère est originaire de ce village, décide de monter une équipe afin d’aller sur place tourner un film.

Le pitch de départ est très intriguant, on sent qu’il va y avoir une ambiance particulière et Camilla Sten tient cette promesse. L’atmosphère de désolation du village est plutôt anxiogène, on a parfois le sentiment que l’histoire pourrait basculer dans l’horreur la plus totale. Mais l’auteure tient le cap. Les allers-retours dans le passé nous apprennent petit à petit les circonstances de la disparition. Le récit est vraiment bien mené, il est difficile de reposer son livre tant l’histoire est prenante et j’aime ça.

On sent que Camilla Sten a été à bonne école avec sa mère Viveca qui est une écrivaine suédoise très connue dans le milieu du polar.

On peut dire que la relève est assurée.