« Par amour » de Valérie Tong Cuong

"Par amour"de Valérie Tong Cuong. Chroniques de livres et conseils de lecture par MLBA.

« Par amour »de Valérie Tong Cuong. Chroniques de livres et conseils de lecture par MLBA.

Vous avez envie d’émotion?
Vous aimez être transporté par des personnages?
Voici ma potion:

L’histoire débute en juin 1940 au Havre. Emélie, concierge d’école vit avec ses deux enfants Lucie et Jean. Son mari, Joffre a été mobilisé. C’est aussi le cas du mari de Muguette, sa soeur, qui vit avec son fils Joseph et sa fille Marline qui n’a pas dit un mot depuis le début de la guerre.

Le Havre est non seulement occupée par les Allemands, mais aussi bombardée sans relâche par les Anglais, détruisant à peu près tout.

Certains enfants vont être évacués vers l’Algérie dont ceux de Muguette. La ville aussi sera évacuée à plusieurs reprises. C’est une vie sous les bombardements et avec les privations qui commence pour les deux familles. Muguette devra partir au sanatorium, ayant contracté la tuberculose suite à la mauvaise alimentation et aux mauvaises conditions de vie.

« Par amour » est un magnifique roman choral, comme c’est si bien le faire Valérie Tong Cuong. Elle nous raconte une petite histoire dans la grande. Cette narration a plusieurs voix (chaque chapitre prend le point de vue d’un personnage différent) donne encore plus de profondeur au propos. Le lecteur est pris dans les événements. On sent d’ailleurs un travail de documentation excessivement bien mené.

Valérie Tong Cuong sait créer des personnages d’une réelle épaisseur et véracité. Elle arrive à nous les rendre proche et surtout à ce que l’on soit en totale empathie avec eux.

L’histoire est bouleversante. Soyez prêts à verser une petite larme.

Que serait-on prêt à faire par amour? Vous avez un début de réponse dans ce superbe roman.

Éditions Lattes

« No home » de Yaa Gyasi

"No home" de Yaa Gyasi. Chroniques de livres et conseils de lecture par MLBA.

« No home » de Yaa Gyasi. Chroniques de livres et conseils de lecture par MLBA.

Vous aviez aimé « Racines » de Alex Haley?
Vous espérez vous coucher moins bête ce soir?
Voici ma potion:

Au XVIIIème siècle au Ghana (anciennement la Côte de l’Or), deux filles naissent de la même mère mais dans deux villages différents, des villages rivaux, les Ashanti et les Fanti.

Alors qu’Effia, surnommée « la Beauté » est repérée par le nouveau gouverneur britannique en place et devient pour quelques sous sa « femme africaine », Esi est enlevée et emmenée au fort (dirigé par ce fameux gouverneur) où sont entassés les futurs esclaves en attente de partir pour le nouveau continent.

Chapitre après chapitre le lecteur va suivre la destinée des deux soeurs et de leurs descendants.

Ceux qui auront atterris en Amérique vont connaitre les affres de l’esclavagisme, dans les champs de coton et autres mines de charbon. Ils vont surtout connaitre la ségrégation, le racisme et la violence faite aux Noirs, à toutes les époques.

Les descendants de Effia, restés sur le continent africain auront aussi à faire face à de terribles bouleversements. Ils devront continuer pendant longtemps la pratique du commerce triangulaire initié avec les Anglais, continuer à profiter des guerres entre village pour enlever leurs rivaux et les revendre. Malgré l’éducation et l’aisance qu’ils pourront acquérir, ce lourd passé sera dur à porter et la fuite vers les Etats-Unis sera le seul moyen de se libérer.

Sur trois siècles Yaa Gyasi nous raconte l’histoire de cette famille noire, tiraillée par les guerres, par l’esclavagisme, et surtout par la cruauté de l’homme blanc. Elle parsème son récit de détails sur les coutumes africaines, sur la vie des esclaves dans les mines de charbon, sur l’arrivée de la drogue à Harlem dans les années 60. Chaque époque est très bien documentée et on y apprend beaucoup de choses.

Magnifiquement écrit, le lecteur suit avec plaisir et intérêt ces destinées. A travers une pléiade de personnages on voit et comprend l’évolution de la société. Chaque chapitre alterne d’un continent à un autre sans jamais que l’on soit perdu.

C’est un roman sur la condition des Noirs à travers les siècles mais aussi sur la condition de la femme noire, qui doit se montrer forte et vaillante pour porter la famille.

C’est tout simplement un livre sur la liberté.

Edition Calmann-Levy.

 

« Continuer » de Laurent Mauvignier

"Continuer" de Laurent Mauvignier. Chroniques de livres et conseils de lecture par MLBA.

« Continuer » de Laurent Mauvignier. Chroniques de livres et conseils de lecture par MLBA.

Envie de dépaysement?
Vous aimez les romans qui vous retournent et vous émeuvent?
Voici ma potion:

Sibylle, la quarantaine, est fraichement divorcée. Suite à cette séparation difficile, elle a décidé de partir s’installer à Bordeaux avec son fils, Samuel. Un peu désabusée et en désespérance, elle se laisse vivre.

Lui est un adolescent compliqué. Non seulement la rupture de ses parents est mal digérée mais de mauvaises fréquentations l’entraînent à faire des choses irréparables, à la limite de la délinquance. Samuel est une boule d’agressivité, en perpétuelle opposition à sa mère.

Pour Sibylle, la solution pour les sauver, elle et son fils, c’est de partir au Kirghizstan, le pays des chevaux. Ils sont tous deux passionnés par les équidés depuis toujours et elle pense que ce voyage va réussir à remettre son fils dans le droit chemin, du moins lui faire réaliser les choses importantes.

Sibylle, pour une fois, est déterminée. Les voilà partis, chevauchant les plaines de ce pays méconnu.

Des rencontres, des évènements vont évidemment bouleverser leur vie.

Le récit de ce périple est entrecoupé des souvenirs de Sibylle. On y apprend le pourquoi de sa séparation d’avec le père de Samuel et surtout une grosse blessure de jeunesse qui a marqué sa vie et influencé son caractère.

Laurent Mauvignier nous offre un magnifique roman sur la relation mère/fils, sur la volonté d’une mère qui décide de tout quitter pour son fils qui part à la dérive. C’est aussi l’histoire d’une femme, à l’avenir prometteur, qui voit sa vie détruite par un drame et qui réalise que c’est aussi elle-même qu’elle doit sauver en sauvant son fils.

Une prose superbe, des descriptions de paysages splendides, des scènes fortes et une émotion qui affleure pendant tout le roman.

Une des pépites de cette rentrée littéraire.

Édition Minuit

« Repose toi sur moi » de Serge Joncour

"Repose toi sur moi" de Serge Joncour. Chroniques de livres et conseils de lecture par MLBA.

« Repose toi sur moi » de Serge Joncour. Chroniques de livres et conseils de lecture par MLBA.

Vous aimez les histoires d’amour?
Envie d’un roman qui vous émeuve?
Voici ma potion:

Aurore Dessage est styliste. Mère de deux enfants, elle est débordée. Entre la boîte qu’elle a monté avec un ami, qui commence à bien décoller mais qu’elle ne contrôle plus vraiment et la vie de famille, elle est mariée à un businessman très efficace, tout est difficile pour Aurore. D’autant plus qu’un couple de corbeaux a élu domicile dans la cour de son immeuble et qu’elle déteste ça.

De l’autre côté de la cour vit Ludovic, un ancien agriculteur. A la mort de son père il n’a pas voulu reprendre la ferme et à laisser sa sœur et son beau-frère s’en occuper. Il est monté à Paris et travaille dans un cabinet de recouvrement. Avec sa stature de joueur de rugby c’est lui qu’on envoie pour récupérer les dettes.

Aurore et Ludovic, qui ne se serait jamais rencontré normalement vont, par le biais des corbeaux, se connaître. Aurore va trouver en Ludovic cette épaule sûre sur laquelle s’appuyer et Ludovic se sentir utile.

Serge Joncour nous propose ces deux beaux personnages que tout oppose, l’origine, le statut social, mais qui vont petit à petit tomber amoureux l’un de l’autre.

En toile de fond Serge Joncour met aussi en opposition les ruraux et les citadins. Au début Aurore trouve même Ludovic un peu « plouc ».

Alors est-ce que des personnes aussi opposées peuvent se faire du bien, s’aimer ou bien vont-elles se faire du mal?

On sent que l’auteur aime ses personnages, ils prennent véritablement corps dans le roman. Le personnage de Ludovic est particulièrement bien réussi. Une montagne de muscle qui est en fait terriblement fragile et émouvant.

Un roman d’amour mais pas que!

Édition Flammarion.

« Le dernier des nôtres » de Adélaïde de Clermont-Tonnerre

"Le dernier des nôtres" de Adélaïde de Clermont-Tonnerre.Chroniques de livres et conseils de lecture par MLBA.

« Le dernier des nôtres » de Adélaïde de Clermont-Tonnerre.Chroniques de livres et conseils de lecture par MLBA.

Vous aimez les grandes sagas?
Vous avez envie de vous laisser transporter?
Voici ma potion:

Werner Zilch est un jeune homme plein d’ambition et très prometteur. Avec son ami et associé Marcus ils ont monté une entreprise et rêvent de conquérir New-York et de créer les gratte-ciels les plus beaux.
Werner a été adopté, un message était noté dans ses habits « Il s’appelle Werner. Werner Zilch. Ne changez pas son nom. Il est le dernier des nôtres ».Il ne sait rien de ses origines ce qui n’entrave en rien son énergie.

Un jour, il croise la route de Rebecca, héritière d’une des plus grosses fortunes de New-York, une artiste, amie entre autres d’Andy Warhol. C’est le coup de foudre. Mais la conquête de cette femme ne sera pas aisée. D’autant plus qu’un lourd secret risquant empêcher leur histoire va être révélé.

A chaque chapitre le lecteur fait des aller-retours dans le temps, ceux de 1970 où se passe l’action principale et ceux de 1945 en Allemagne qui nous apprennent petit à petit d’où vient Werner.

Entre histoire d’amour impossible et tragédie contemporaine, « Le dernier des nôtres » contient tous les ressorts d’un grand roman.

Des personnages forts et intéressants, une histoire qui sans parler de l’histoire d’amour, tient en haleine. On veut savoir d’où vient Werner et quel est ce secret qui entoure sa naissance. Et puis il y a tout le côté historique bien documenté et passionnant, l’Allemagne de 1945 avec la fuite des nazis et l’Amérique de 1970 où tout était de nouveau possible.

Un des très bons romans de cette rentrée!

Édition Grasset