« Rédemption » de Matt Lennox

Leland King revient dans sa ville natale de l’Ontario après avoir passé dix-sept ans en prison. Sa mère est en train de mourir d’un cancer, sa sœur s’est mariée à un pasteur limite extrémiste et son neveu Pete essaie de s’en sortir après avoir quitté l’école. On ne sait pas tout de suite ce que Leland a fait mais son retour n’est pas apprécié par les gens du patelin. L’accueil est très froid notamment des autorités et de Stan Maitland, ancien flic à la retraite.


Un superbe roman à l’américaine dans la veine d’un Joseph Boyden ou Richard Russo. Matt Lennox, dont “Rédemption” est le premier roman, montre un talent certain pour les mots. Il décrit à merveille l’ambiance de cette petite ville où la religion a une grande place. Tout est extrêmement bien écrit, les personnages sont authentiques et les sentiments qui les traversent sont très forts.

Une sorte de fresque social où le sens moral, le respect de la famille sont primordiaux. Va-t-il être possible à Leland d’atteindre la rédemption ?


Je vous laisse lire ce beau roman pour le savoir!

Edition Albin Michel ou Le Livre de Poche

« Dans la forêt » de Jean Hegland

Nell et Eva sont sœurs, elles ont 17 et 18 ans quand leur monde s’effondre. Alors qu’elles vivent isolées dans la forêt avec leurs parents depuis toujours, la civilisation subit de grands changements. Des maladies, des guerres vont les isoler encore plus. Leurs parents décèdent l’un après l’autre et elles se retrouvent vraiment seules, à devoir survivre comme elles le peuvent, chacune avec sa passion, la danse pour Eva et la lecture pour Nell.

L’autre grand personnage de cette histoire est la forêt, lieu protecteur, qui peut permettre de manger et de se soigner si on apprend à la connaitre. Nell, grâce aux livres laissés par sa mère, va apprendre peu à peu les bienfaits des plantes qui poussent autour de chez elles.

C’est une histoire intense avec une narration qui peut sans doute en rebuter certains. Le rythme est lent, on est au jour le jour avec les filles dans leur quotidien et je trouve que c’est ça qui permet d’être en total communion avec elles.

Le lecteur n’apprendra jamais les raisons de cette fin du monde parce que ce n’est pas ça l’important dans l’histoire. L’important est de comprendre comment vont vivre ces deux jeunes filles, livrées à elles-mêmes dans cette nature qui peut être hostile et amicale dans le même temps.

C’est un magnifique roman d’apprentissage. Le monde s’écroule, il n’y a plus d’essence ou d’électricité mais la nature et la forêt pourvoient à tous les besoins essentiels. C’est finalement une belle ode à l’écologie et au retour à la nature. Cette histoire fait aussi la part belle aux liens du sang, le soutien infaillible qu’il peut y avoir entre deux sœurs.

Troublant et percutant.

Edition Gallmeister

« Les fantômes de Reykjavik » de Arnaldur Indridason

Konrad, qui est policier à la retraite, est contacté par des amis de sa défunte femme. Leur petite-fille Danni a disparu et même si celle-ci avait plongé dans la drogue, la police ne prend pour l’instant pas la chose au sérieux car elle est majeure.

Alors que Konrad commence à enquêter pour les rassurer, Eyglo, une amie, lui parle d’une petite fille morte noyée des dizaines d’années auparavant et qui vient la hanter régulièrement. Même si Konrad ne croit pas aux fantômes, il s’intéresse à l’histoire. D’autant plus que son père et celui de Eyglo avaient monté une arnaque ensemble et faisaient croire à des personnes crédules qu’ils communiquaient avec les défunts. Les souvenirs remontent à la surface.

Le lecteur peut retrouver ici le talent de Arnaldur Indridason, auteur de polar islandais. Sa manière, bien à lui, de raconter une histoire, ou plutôt des histoires passées et présentes qui vont s’entremêler. Grande fan de son personnage récurrent de Erlendur, j’avais peur de ne pas pouvoir sympathiser avec sa nouvelle figure policière mais je dois dire que Konrad est très bien trouvé. Un peu bourru, têtu, volontaire et surtout attentif, il est marqué par une jeunesse auprès d’un père escroc et violent. Parfait pour devenir un nouveau personnage récurrent.

Comme à son habitude Indridason déroule son histoire par petites touches, ici vous n’aurez pas de grands rebondissements, ni de courses poursuites mais une enquête et un enquêteur qui prend son temps, qui rassemble tous les éléments à son rythme. Ça insuffle une ambiance à tout le roman, une tension latente qui est très addictive. Je me suis surprise à ne pas vouloir le lâcher avant d’avoir fini. Le cadre aussi joue son rôle, l’Islande est toujours un des personnages du romancier.

Pour les amoureux du style scandinave et les autres, du très bon Indridason.

« My absolut darling » de Gabriel Tallent

L’univers de Julia Alveston alias Turtle tourne autour de son père, manipulateur et violent, et les bois autour de chez elle, qu’elle arpente fusil à la main. A 14 ans sa seule vie sociale se résume au lycée où elle n’a pas d’amis. Jusqu’au jour où elle rencontre Jacob et Brett, deux adolescents perdus dans la forêt à qui elle apporte son aide. 

Elle comprend alors que la vie qu’elle mène avec son père n’est peut-être pas irréversible et qu’elle peut chercher sa liberté.  

« My absolut darling » est une véritable claque littéraire, d’une puissance et une intensité folle. Gabriel Tallent démontre un talent dingue avec ce roman sur la relation exclusive et ambivalente entre un père et sa fille. Sous couvert de survivalisme Martin garde sa fille près de lui dans une relation de dépendance affective. Il lui voue un amour absolu, total, à la limite de la folie. 

Turtle va devoir briser le carcan paternel et se dépasser pour s’en sortir.  

C’est violent, empli de colère et de révolte et ça prend le lecteur aux tripes. Impossible de lâcher ce roman une fois qu’on l’a commencé.  

Edition Gallmeister

« L’inconnu de la poste » de Florence Aubenas

Dans un petit village de l’Ain, Montréal-la-Cluse, un crime sordide a lieu le 19 décembre 2008. Catherine Burgod qui travaillait au bureau de poste, est assassinée de 28 coups de couteau. Enceinte de 5 mois, cette jeune quarantenaire était aimée de tous. Crime crapuleux, crime passionnel, le mystère est entier.

Habitant alors en face de la poste, le comédien Gérald Thomassin est rapidement soupçonné. Cet acteur découvert par Jacques Doillon est tombé dans la délinquance et les excès suite au tournage. Enfant de la DDAS, il est resté dans la marge malgré ses succès au cinéma.

Florence Aubenas prend ce fait divers à bras le corps. Une enquête minutieuse sur ce qui a pu arriver à Catherine Burgod mais aussi sur le destin d’un jeune homme prometteur. C’est une enquête en immersion mais on lit ça comme un véritable roman. Florence Aubenas égrène les évènements et capte l’attention du lecteur comme dans un véritable page-turner. Elle donne la parole à tous les protagonistes, tous ceux ayant eu un lien avec l’histoire ce qui donne encore plus de puissance au récit.

La vie de Gérald Thomassin est en effet digne d’un roman à la Dickens. Abandonné par sa mère, père inconnu, élevé dans des foyers, livré très tôt à lui-même, alcoolique, drogué, il aurait pu s’en sortir grâce au cinéma mais on n’échappe pas facilement à ses démons. Florence Aubenas reste toujours observatrice sans jamais prendre de partie.

Un récit passionnant sans conclusion car l’affaire n’est toujours pas résolue.

Edition de l’Olivier

« Une bête au paradis » de Cécile Coulon

Le Paradis est une ferme où Emilienne élève seule ses deux petits-enfants, Blanche et Gabriel. Leurs parents sont morts au détour d’un virage. Elle recueille également Louis, un adolescent battu par son père, qui va faire du Paradis son seul univers. 

A l’adolescence Blanche rencontre Alexandre, un garçon beau et solaire. Ayant beaucoup de facilités, Blanche aide Alexandre à remonter sa moyenne. 

Premier copain, premier amour et premier chagrin. 

« Une bête au paradis » c’est l’histoire d’un amour fou. Un amour pour une ferme, pour une terre mais aussi pour un homme. Un amour qui fait perdre la tête et oublier les choses et les gens qui comptent vraiment. 

Blanche est une femme dont la passion l’emporte sur la raison, pour qui la sensation et le ressenti prime sur le reste. L’odeur d’un corps comme l’odeur d’une bête. 

On assiste à un huis clos oppressant, la tension nait petit à petit, tous les personnages agissent et réagissent intensément, de manière viscérale. C’est violent et beau en même temps et très poétique comme peut l’être Cécile Coulon.  

Quand le Paradis rejoint l’enfer. 

Edition Le Livre de Poche

« Le consentement » de Vanessa Springora

Vanessa a 13 ans quand elle rencontre l’écrivain G.M. par le biais de sa mère qui travaille dans une maison d’édition. Très vite celui-ci commence à lui écrire. Vanessa ne voit jamais son père, celui-ci instable a fini par quitter le foyer. Elle est en manque de figure paternelle et voit en G. la chance d’être aimée par un homme comme son père. 

Commence alors l’emprise de cet homme de quarante ans son aîné sur cette jeune fille en manque d’attention. Il l’initie aux plaisirs sexuels et n’hésite pas à emmener sa petite conquête partout où il va. Peu de monde trouve cette relation malsaine à l’époque, même pas la mère de Vanessa. 

Il était une époque où un écrivain pouvait raconter ses exploits sexuels avec des mineurs garçons ou filles et ça ne choquait personne. On l’invitait même à de célèbres émissions littéraires. Ce même écrivain était certain d’être un bienfaiteur auprès de ces enfants, il les initiait, rien de mal à ça. 

Vanessa Springora raconte autre chose. L’histoire de l’emprise, de la manipulation, de la perversion d’un homme sur un esprit faible. Comment cette expérience a quasiment détruit sa vie, incapable pendant de longues années d’avoir une vraie relation avec un homme. 

Le consentement est une notion abstraite. Quel consentement peut donner une adolescente perdue entre un père absent et une mère démissionnaire ? Est-elle capable de consentir à quoi que ce soit ou simplement cherche-t-elle un peu d’attention pour exister ? 

Vanessa Springora nous livre son histoire, dure, sans fioritures ni faux-semblants pour enfin se libérer de cet homme qui a souillé plus que son corps. 

Edition Le Livre de Poche

« A même la peau » de Lisa Gardner

Dans la région de Boston, deux meurtres sont perpétrés à quelques semaines d’intervalle. Des femmes seules, retrouvées chez elles, mutilées, la peau arrachée.

L’inspectrice D.D. Warren se met sur l’affaire mais alors qu’elle était sur une des scènes de crime, elle fait une mauvaise rencontre et finit en bas des escaliers. Blessée, elle s’investit tout de même dans l’enquête. D’autant plus qu’il apparaît que ces meurtres en rappel d’autres commis quarante ans plus tôt.

Pour les aficionados de Lisa Gardner, le personnage de D.D. Warren est loin d’être une inconnue, pour les autres ils vont apprendre à connaître ce flic un peu tête brûlée qui travaille à l’instinct.

Lisa Gardner nous accroche une nouvelle fois avec cette histoire macabre où les liens de sang semblent être plus fort que le temps. Peut-on réellement se défaire de sa lignée familiale ?

Un très bon thriller signée par la nouvelle reine du polar américain.

Édition Le Livre de Poche

« L’illusion » de Maxime Chattam

Val Quarios est une petite station de ski familiale qui ferme ses portes tous les étés. Quelques saisonniers restent sur place afin de s’occuper de la station et faire les réparations nécessaires. Hugo fait partie des nouveaux arrivants. Il vient de vivre une rupture douloureuse dont il a dû mal à se remettre et sa carrière d’auteur/acteur étant au point mort, il se dit que cinq mois isolé ne devrait pas être une mauvaise chose.

Cependant il ressent très vite des sensations étranges. Son imagination fertile ne l’aidant pas à relativiser, il ne se sent pas du tout à l’aise dans cet environnement vaste mais clos.

Les révélations de sa collègue Lily, présente sur la station depuis trois ans, ne vont pas du tout le rassurer et Hugo va tenter de découvrir ce qu’il se passe vraiment à Val Quarios.

Avant d’avoir lu « L’illusion », j’ai vu beaucoup beaucoup de critiques du livre. Du positif mais aussi pas mal de négatif, certains exprimaient de la déception. Et je comprends pourquoi on peut être déçu. Il ne se passe pas grand chose dans cette histoire, tout est y question d’ambiance et de sensation.

Le personnage de Hugo a des impressions, il croit voir des choses mais il ne lui arrive « réellement » rien, ou presque. Le sujet du roman tourne en partie autour d’un magicien, d’un illusionniste et Maxime Chattam s’amuse avec ça tout le long du roman car il ne s’agit que de faux-semblant. Le lecteur en vient à se demander si Hugo n’est pas tout simplement fou.

Heureusement la révélation finale surprend et nous oblige à tout reprendre depuis le début. Une lecture en demi-teinte mais qui permet malgré tout de passer un bon moment. On ne peut pas enlever à l’auteur le fait de savoir créer une ambiance et décrire des paysages envoûtants.

Albin Michel

« L’inconnu de la forêt » de Harlan Coben

Un petit garçon est retrouvé dans la forêt. Il semblerait qu’il vit là depuis longtemps mais qu’il s’est adapté. Il a même appris à lire et écrire en entrant clandestinement dans des maisons. On l’appelle Wilde.

Quelques années plus tard, Wilde vit toujours dans la forêt mais s’est forgé une réputation de détective privé. On fait appel à lui pour des enquêtes plutôt pointues.

Justement Hester Crimstein, avocate et amie de longue date, fait appel à lui. Son petit-fils Matthew est inquiet, une de ses camarades de classe a disparu. Celle-ci était le souffre-douleur de la classe et Matthew craint qu’elle n’ait fait une bêtise.

Harlan Coben connait la technique pour dérouler son histoire et faire en sorte que le lecteur veuille connaître la suite. Il instille des petits indices qui pourraient nous faire croire qu’on a résolu l’enquête. Et puis il nous emmène tout ailleurs histoire de bien montrer qui tient les rênes du récit.

Non nous ne sommes pas surpris par l’écriture de Coben que l’on connait si bien mais l’histoire tient la route avec un personnage principal énigmatique et complexe et des sujets d’actualité intéressants, le harcèlement scolaire et numérique, la corruption en politique et la montée au pouvoir d’un homme d’affaire qui veut tout révolutionner.

Un Coben efficace en somme.

Édition Belfond.